Les petits « arrangements » de l’ex-1er vice-président de la Caf pour arrondir ses fins de mois

 Aude

VINCENT BOILLOT 13/12/2011, 11 h 23 | Mis à jour le 13/12/2011, 14 h 19

Guy Garcia, aujourd’hui président de la caisse d’allocations familiales. (N. A.-V.)

Le Limouxin Guy Garcia, qui a accédé à la présidence du conseil d’administration de la caisse d’allocations familiales (Caf) de l’Aude le 4 novembre dernier, a-t-il usé de méthodes peu orthodoxes pour arrondir ses fins de mois, lorsqu’il n’était “que” 1er vice-président de la Caf ?

C’est ce que dénonce une ancienne administratrice de cette institution, au sein de laquelle elle a représenté l’Union professionnelle artisanale (UPA) durant dix ans, d’abord en tant que membre du bureau, puis comme présidente de la stratégique commission d’action sociale.

Choquée d’avoir vu Guy Garcia accéder à la présidence, dans de rocambolesques circonstances (lire ci-dessous), la Bramaise Annie Agret a voulu témoigner des singulières pratiques de celui-ci, lors du dernier mandat, en 2009, 2010 et 2011 ; pratiques qu’elle a dénoncées à la direction de la Caf, au cours de l’été passé.

Annie Agret, ex-administratice : « J’avais plutôt l’air d’être une prostituée »

A « cinq reprises », explique Annie Agret, elle a covoituré Guy Garcia lors de réunions régionales, à Béziers, La Grande-Motte (Hérault) ou Le Barcarès (P.-O.). « Je lui avais proposé et il a accepté. Je prenais ma voiture et lui payait le péage, ce qui lui permettait de se faire rembourser le trajet ! ».

Les sommes en cause peuvent prêter à sourire, selon les documents que Midi Libre a consultés : 199,53 € par ci, 255,13 € par là ; soit un millier d’euros au total… Mais de tels “arrangements” interpellent, de la part d’un syndicaliste – Guy Garcia est adhérent à Force Ouvrière – ayant accédé à la plus haute marche de l’administration de la Caf.

Lors d’une conférence de presse, deux semaines après son élection (Midi Libre du 25 novembre), le nouveau président avait axé son propos sur la réduction des moyens alloués aux Caf, conséquence du « plan de rigueur » gouvernemental. Avant d’affirmer qu’il mènerait « un mandat de combat, pour défendre ce que les générations précédentes ont réussi à mettre en place ».

Une noble ambition qui s’accorde mal avec les pratiques auxquelles ce défenseur de l’action sociale se serait livré, lorsqu’il était 1er vice-président.

« Il me disait “Merci de me faire gagner de l’argent”

Annie Agret, elle, est amère, évoquant les propos que lui aurait tenus Guy Garcia, lorsque, au retour d’une réunion régionale, elle le déposait sur le parking où il avait laissé sa voiture. « Il me disait “Merci de me faire gagner de l’argent”. J’avais plutôt l’air d’être une prostituée que d’une responsable de Caf. Et pendant tout le voyage, il ne me parlait que d’argent : “On ne m’a pas payé ceci, on ne m’a pas payé cela” ».

Sollicité par Midi Libre, Guy Garcia dément fermement ces pratiques. Tout juste admet-il une tentative, après un covoiturage par Annie Agret, lors d’une réunion à Narbonne. « J’ai fait une demande de remboursement à la Caf, mais le directeur a refusé, parce qu’il savait très bien que j’étais avec Madame Agret. Je n’ai pas été remboursé ». Au-delà, Guy Garcia déplore les mises en cause qui le visent : « Je comprends que moi, nouveau président, on essaye de me déstabiliser. Voilà… ».

Le directeur de la Caf, Yann Pesselier, tenu par son devoir de réserve, n’a pas souhaité répondre à nos questions. Tout juste admet-il : « Des allégations de cette nature ont pu me remonter, sans qu’il soit possible pour moi de les certifier. Les états de frais de déplacement sont basés sur du déclaratif ». Et de conclure : « En réaction, la rubrique “covoiturage” a été ajoutée sur les feuilles de déplacement, afin que le déclaratif soit sans ambiguïté ». CQFD.

Des pressions « plus ou moins amicales »

L’élection du président de la Caf de l’Aude, le 4 novembre dernier, avait été marquée par un « coup de Trafalgar » ; en l’occurrence, l’avènement de Guy Garcia (FO) dès le 1er tour, grâce à la voix d’une représentante patronale, limouxine elle aussi, “débarquée” depuis.

Mais ce scrutin avait également été ponctué de discours édifiants, à l’instar de ceux du candidat des organisations patronales, Hervé Boissonade, incarnant une ligne « réformiste », et du représentant de la CFDT, Éric Alberola, présenté comme possible candidat, lui aussi. Dans une intervention « de haute tenue », selon plusieurs participants, celui-ci avait dénoncé les « pressions plus ou moins amicales » reçues par la CFDT, avant l’élection du président de la Caf. Ajoutant, sibyllin : « Et hier soir (Ndlr : la veille du scrutin), pas amicales du tout ».

En l’occurrence, une apostrophe faite à Éric Alberola par une haute personnalité du conseil général, qui lui avait dit : « Demain, j’espère que tu ne vas pas voter pour le Medef. Parce que, si c’est le cas, on s’en souviendra ! ». Ambiance…

Dans cette même intervention, Éric Alberola avait également rappelé que, « dans un passé pas si lointain, un véritable climat de terreur, de copinage, de clientélisme régnait dans cet organisme et semblait convenir à certains qui se présentent aujourd’hui à vos suffrages ». Si, depuis, une nouvelle direction a été mise en place ; si, globalement, l’institution est désormais reconnue pour la qualité de sa gestion, les mauvais souvenirs ne se sont pas tous dissipés…